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L’alcool: une question de foi ?

Le jeudi 19 mars, l’aumon’ss de la Boquette proposait une soirĂ©e au thème particulièrement adaptĂ© pour le CarĂŞme:

« L’alcool: une question de foi ? »

Au programme: deux topos de PGs pour présenter les points de vue musulman et catholique, un débat (qui a largement dépassé le strict cadre du sujet, toutes les questions sur la/les religion(s) y sont passées), un quillon et  les complies sous le clocheton pour ceux qui le souhaitait !

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Vu le retour des PGs prĂ©sents, habituĂ©s ou non de l’aumon’ss, il est probable que d’autres soirĂ©es de ce type soient proposĂ©es.

Voici comment les PGs de Boquette ont traité le sujet :

Qu’est-ce qui vient en tête quand on parle de vie étudiante ? Repas pris sur le pouce, souvent constitués de pâtes, sorties régulières, bonnes soirées entre amis, plus ou moins arrosées. Mais justement, quel rapport dois-je adopter vis-à-vis de l’alcool ? Il n’est pas toujours de facile de savoir comment je dois me situer. Est-ce un péché, est-ce mal de boire ? Essayons ici de donner quelques éléments pour discerner si notre comportement est bon.

N’attendons pas plus longtemps pour chercher dans la Bible une rĂ©ponse : « Ne vous enivrez pas de vin » (ÉphĂ©sien 5 :18). La rĂ©ponse est claire, fermez le ban ? Pas vraiment, on trouve aussi des passages oĂą le vin est associĂ© Ă  la joie, l’allĂ©gresse. Il y a aussi des conseils mĂ©dicaux : Paul dit Ă  son disciple TimothĂ©e : « Cesse de boire uniquement de l’eau, mais prends un peu de vin pour faciliter ta digestion, puisque tu es souvent malade » (1 TimothĂ©e 5,23). Il dit bien « un peu », on observe ici une constante : si le vin peut ĂŞtre vecteur de joie, c’est son abus qui est condamnĂ©.

Le livre des Proverbes (23 :29-35) nous donne un bon enseignement sur les effets de l’alcool :

29 « Pour qui les « Malheurs » ? Pour qui les « Hélas » ?
Pour qui les querelles ? Pour qui les plaintes ?

Pour qui les coups à tords et à travers ?
Pour qui les yeux troubles ?

30 Pour ceux qui s’attardent au vin,
qui vont en quête de boissons mêlées.

31 Ne regarde pas le vin, comme il est vermeil !

Comme il brille dans la coupe !
Comme il coule tout droit !

32 Il finit par mordre comme un serpent,
par piquer comme une vipère.

33 Tes yeux verront alors d’étranges choses,
et ton cœur s’exprimera de travers.

34 Tu seras comme un homme couché en haute mer,
ou couchĂ© Ă  la pointe d’ un mât.

35 «On m’a battu, je n’ai point de mal !
On m’a rossĂ©, je n’ai rien senti !
Quand m’éveillerai-je?…

J’en demanderai encore !»

Plusieurs dangers de l’alcool sont évoqués. La violence (29) qu’on ne maîtrise pas (35), le bonheur qui s’enfuit (29), la perte des sens (29 et 33), le « mal de mer » et ce qu’il engendre (34), la dépendance (35).

Mais pourquoi les évoquer comme des dangers ? Pour deux raisons essentielles, dont la première est le respect de notre corps. Dans son premier épître aux Corinthiens, Saint Paul nous présente le corps comme le temple de l’Esprit et il nous invite à en faire un instrument à la gloire de Dieu (1 Cor 6 : 19-20). Aussi, on comprend bien que ce corps n’est pas un jouet qui doit pâtir de nos excès. Il nous faut le préserver, en prendre soin, l’aimer. J’introduisais en parlant de repas pas toujours équilibrés…C’est le même problème ! On peut voir aussi une contradictoire entre vouloir d’un côté garder la forme par le sport et de l’autre côté multiplier les abus.

Bref, retenons une première conclusion de ce point de vue purement physique : se rendre délibérément malade par une consommation déraisonnée d’alcool ne peut pas être accepté.

On est certainement moins conscient du deuxième écueil que l’on trouve en ces termes dans le livre des Proverbes: « ton cœur s’exprimera de travers. […]On m’a rossé […] on m’a battu ». Ce qui se cache derrière les effets dénoncés ici est l’aliénation. L’aliénation c’est le fait de sortir de soi pour devenir quelqu’un d’autre. L’alcool a donc cet effet-là : Je ne suis plus moi-même, mon cœur n’exprime plus qui je suis, il va « de travers ». Il faut là battre en brèche une idée tenace qui est que l’alcool permet d’être plus soi-même car il désinhiberait. On peut oser certes plus de choses, il peut arriver qu’on se confie plus facilement, mais le fait que je ne maîtrise pas ce que je dis ne signifie pas que c’est le fond de moi-même qui s’exprime. « Ils leur promettent la liberté, mais ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption, car on est esclave de ce qui vous domine » (2 P 2,19).

Par ailleurs, on voit que l’esprit « mouton » est favorisé par l’abus d’alcool. On suit plus facilement les bêtises des autres, qui suivent souvent, et de façon regrettable, une logique destructrice : 508! Vous le comprenez, le corollaire de l’aliénation est une privation de liberté: « être libre c’est disposer de soi-même » dit Lacordaire (Dominicain). Je trouve cela particulièrement amusant ! Alors qu’on défend souvent une liberté qui se résume à : « je fais ce que je veux » (donc je bois comme je veux) on voit dans ce cas qu’en fait ça nous conduit à une privation de liberté… Retenons à ce titre ce que nous dit Saint Paul :

« « Tout m’est permis » ; mais tout n’est pas profitable. « Tout m’est permis » ; mais je ne me laisserai, moi, dominer par rien. » (1 Co 6,12).

On touche alors à un critère important pour juger si notre rapport à l’alcool est sain(t ?) : la liberté. Quand commence l’abus qui va entraîner la perte de liberté? Moi je bois juste ce qu’il faut pour m’amuser un peu, suis-je vraiment concerné ? Malheureusement oui, et c’est important de savoir pourquoi. Si j’ai besoin de l’alcool pour « fêter », pour m’amuser. Si j’ai besoin de l’alcool pour parler, me confier,… c’est que mon rapport à lui n’est pas libre. L’alcool nous domine et nous rend esclave. Souvenez-vous de Saint Pierre cité plus haut. Ça peut traduire un manque de confiance en soi, ou des blessures qu’on ne connaît pas, donc le but n’est pas de condamner purement et simplement, seulement d’ouvrir les yeux…pour progresser, pourquoi pas, et toujours rester libre ! L’auteur catholique Chesterton donne un conseil très beau sur l’alcool qui repose de fait sur ce critère :

 » Buvez parce que vous êtes heureux, mais jamais parce que vous êtes malheureux. Ne buvez jamais alors que sans vous seriez malheureux , ou alors vous serez comme le buveur de gin à la face grise des bidonvilles ; mais buvez alors que sans cela vous seriez heureux, et vous serez comme le paysan souriant d’Italie. Ne buvez jamais parce que vous en avez besoin,[…] mais buvez parce que vous n’en avez pas besoin[…]. »

Ratzinger

Ainsi, boire librement c’est boire parce que nous sommes heureux, parce que nous vivons un bon moment, et non pour chercher à créer celui-ci ! Penser pouvoir trouver son bonheur dans l’alcool ne conduit qu’à en trouver un artificiel.

Si les habitués du levé de coude ont pu trouver quelques réponses à leurs questions dans cette première partie, qu’en est-il pour ceux qui prennent soin de refuser de façon systématique un verre ?

Le problème de la liberté se pose là aussi. Car être libre suppose de ne pas avoir peur de l’alcool, et d’être confiant en sa capacité à se maîtriser. Il est facile de s’enorgueillir d’avoir gardé ses mains propres si on les a coupées. De même qu’être libre vis-à-vis du péché c’est le reconnaître sans honte, être libre vis-à-vis de l’alcool est d’accepter son existence, ses effets. Il apparaît là-aussi souvent dans ces situations un manque de connaissance de soi ou même de confiance en soi : il se manifeste différemment selon les personnes ! Retenons donc que notre liberté est vraiment totale quand nous pouvons boire sans complexe, en pleine connaissance et respect de nous-même.

La prochaine fois que l’on vous propose un verre, dans une petite heure au TT probablement, posez-vous donc ces petites questions :

-Ai-je besoin de cela pour m’amuser ?

-En ai-je peur ?

Si les réponses sont positives, il faut sans doute s’abstenir…et chercher à comprendre pourquoi je ne peux m’amuser sans alcool ou pourquoi je me trouve gêné par lui.

Finissons sur une note un peu plus spirituelle.

Isaïe nous annonce au Ciel « un festin de viande grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés » (Isaïe 25 :6). Alors je ne sais pas vous, mais je préfère être mesuré ici-bas en espérant en avoir peut-être un peu plus Là-haut !

Par †1bre 1 An213 dit Mathieu Colin